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Décryptage du marché · Tribune

Financer l'entreprise de demain : commençons par sauver celles d'aujourd'hui

Lecture critique du rapport sénatorial de 2024 : financement, profils de repreneurs, fonctionnement d'un marché largement caché. Et une proposition — faire durer, stabiliser et transmettre celles qui existent déjà.

Marie Pérennès 1 septembre 2025 7 min de lecture

Le Sénat a publié un rapport en Octobre 2024 intitulé “Financer l’entreprise de demain”, https://www.senat.fr/rap/r24-070/r24-07037.html dont le troisième chapitre traite de la question de la transmission et… Les propositions y sont… très limitées malheureusement.

Fédérer les acteurs, donner du pouvoir aux acteurs territoriaux pour agir, reconduire des dispositifs fiscaux pour la transmission familiale et sur la plus value des cédants en retraite, rapprocher la cession-reprise de l’entreprenariat afin de faire bénéficier des mêmes aides que la création d’entreprise…

C’est un début — mais un tout petit début.

Les chiffres utilisés, on les connaît (même s’ils sont souvent manipulés ou exagérés par l’écosystème) :

Entre 250 000 et 700 000 entreprises pourraient être cédées ou reprises d’ici 2032 (issu du rapport sénatorial).

Un quart des dirigeants de PME française a aujourd’hui plus de 60 ans.

D’après BPI , chaque année 185 000 entreprises sont susceptibles d’être vendues, et seulement 51 000 changent réellement de main .

Parmi elles, 96 % ont moins de 10 salariés : notre tissu économique local, les commerces, artisans et services de proximité qui font vivre nos villes et nos villages.

Et ce sont justement ces entreprises qui ont le taux de reprise le plus bas : jugées trop risquées par les banques, fragiles, peu « sexy », ou vendues à un prix trop bas (et donc à faible commission pour les intermédiaires…), elles sont aussi moins intéressantes pour le stéréotype du “Repreneur” : cadre dirigeant qui souhaite donner un nouveau souffle à sa carrière en reprenant une affaire.

C’est alarmant, et pourtant ce rapport est assez décevant dans ses propositions et il manque d’une vision d’ensemble.

La question du financement est centrale :

Reprendre coûte très cher. Il faut des banques ou des fonds pour financer ces entreprises à reprendre. BPI France l’a compris et se positionne, c’est un début , mais n’intervient jamais seule et ne vient qu’en complément des banques.

Les banques, elles, augmentent l’apport nécessaire, les taux d’intérêt restent hauts, et de plus en plus de garanties sont nécessaires pour réduire le risque.

Pour certains types de PME, des fonds peuvent également intervenir — en entrant au capital ou par le biais d’obligations — mais c’est malheureusement peu accessibles pour la masse et les conditions sont encore peu connues en dehors de l’environnement startups.

Pour aller plus loin, j’aimerais poser la question : quels sont les projets financés, et lesquels ne le sont pas ? Existe-t-il des solutions de financement pour tous les types de projets ? Comment les financeurs peuvent-ils jouer un rôle d’accélérateur sur le marché ?

Ensuite il faut des repreneurs .

Des repreneurs en adéquation avec le profil et la localisation des entreprises à reprendre.

Des entrepreneurs qui ont confiance dans leur capacité à piloter, manager, maintenir et développer une entreprise qui existe déjà — en opposition à la construire de ses mains, sans “pression” relative au maintien des emplois les premières années.

S’endetter pour créer son emploi n’est pas naturel en France ; On résonne Travail, pas Investissement.

Pourtant, développer le repreneuriat par les salariés (sans forcément aller sur une SCOP) permettrait de pérenniser notre tissus économique en faisant grandir les travailleurs.

Il faut de la formation , de l’accompagnement, du mentorat, et des dispositifs fiscaux incitatifs facilitant ce type d’opérations.

De mon point de vue, le fonctionnement intrinsèque du marché est un autre problème qu’il faut traiter :

D’un côté, beaucoup de petites entreprises, des patrons actifs opérationnellement qui ont besoin de solutions simples, d’aller vite, de pouvoir maîtriser les choses, de pouvoir agir pour la survie de leur entreprise.

De l’autre, beaucoup d’intermédiaires, qui facturent des services de référencement (avec quel résultat ?), un marché qui est essentiellement caché, et des structures d’accompagnement qui enseignent comment démarcher des entreprises via des annuaires nationaux (et donc contacter des personnes qui n’ont peut-être même pas prévu de vendre).

Alors fédérer les acteurs oui, c’est essentiel, rendre tout cela simple, clair, facile, c’est encore mieux.

D’après une étude CCI de 2021, 41% des dirigeants français n’ont aucune connaissance du processus de transmission d’entreprise , et ce n’est pas étonnant. Pour les autres, et pour tous ceux qui veulent démarrer ce processus, l’aventure ne fait que commencer.

A quand les salons du Repreneuriat, aussi visibles qu’un Salon des Entrepreneurs ?

A quand des solutions concrètes et solides pour accompagner la reprise aussi bien que la création, et de manière aussi peu onéreuse ?

Sur ce pointL'accompagnement des repreneurs, tel qu'il se pratique ici →

A quand des campagnes d’accompagnement des dirigeants de plus de 60 ans à préparer leur retraite, proposés de manière systématique ?

Aux vues de la situation politico-économique de notre pays, les solutions devront venir du terrain , et elles commencent à arriver :

Private equity, Club deal de financement de reprise, reprises en collectif pour un financement simplifié, solutions d’accompagnement ou de formation, démultiplication des “boutiques” de M&A qui vendent du référencement et de la visibilité, ou encore plateformes d’annonces plus ou moins spécialisées. Ces nouvelles solutions répondent à une logique de marché, et il est pour le moment difficile voire impossible d’en évaluer la qualité, la pertinence ou l’impact sur l’économie réelle.

On aimerait que notre gouvernement réussisse à se saisir de cet enjeux de société maintenant. Que des critères de qualité soient fixés, que des processus automatiques visant à assurer la pérennité de nos entreprises soient mis en place.

Et si, avant de vouloir financer l’entreprise de demain, on commençait par financer celle d’aujourd’hui — celle qui existe, qui emploie, qui fait vivre nos territoires ?

La faire durer , se stabiliser , se transmettre .

C’est peut-être ça, le vrai enjeu.

Sources :

https://www.cci.fr/actualites/la-transmission-dentreprise-demeure-un-processus-complexe-apprehender

https://bpifrance-creation.fr/moment-de-vie/quel-est-marche-reprise-dentreprise

https://www.senat.fr/rap/r24-070/r24-07037.html

https://lib.bpifrance.ubstream.com/media/252003be-cb54-42c8-812e-ac6194e70213#v=Version1&l=fr&p=34

Portrait de Marie Pérennès, fondatrice de Sostène Transition
Marie Pérennès

Fondatrice de Sostène Transition. Après quinze ans de direction opérationnelle et une acquisition vécue de l'intérieur en responsabilité, elle accompagne les dirigeants dans la préparation de leur entreprise à la transmission, et les repreneurs dans la réussite de l'après-signature.

Le parcours et l'approche →
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